Devenez rédacteur


Un bilan avant la pause estivale

lundi 2 août 2010, par Jean Quatremer


translate : Nederlands English Deutsch +

 

Voir en ligne : http://bruxelles.blogs.liberation.f...

Ce blog prend ses quartiers d’été. Pas d’article, en principe, pendant un bon mois. Je pars me balader à Chicago et sur la côte est des États-Unis. Avant de prendre l'avion, un rapide bilan du semestre que nous venons de vivre.

* Union européenne

Je pars en laissant une zone euro qui a traversé victorieusement la crise de la dette souveraine en parvenant à mettre en place un fonds européen de stabilisation doté de 440 milliards d’euros, un bond en avant dans l’intégration communautaire que personne n’aurait crû possible il y a encore six mois. Les Seize ont aussi fini par voler au secours de la Grèce confrontée à la défiance des marchés. Celle-ci est désormais administrée directement par Bruxelles : budgétairement, elle n’a plus aucune marge de manœuvre, ce qui constitue un autre pas dans l’intégration communautaire, même si celui-là est douloureux. Les pays de l’Union ont pris conscience qu’ils partageaient non seulement une monnaie, mais aussi une communauté de destin : la souveraineté de chacun est davantage limitée qu’ils ne l’avaient imaginé lors de la négociation du traité de Maastricht.

 

Cette victoire ne veut évidemment pas dire que tous les dangers sont écartés. La crise économique (de l’occident) n’est toujours pas totalement terminée, même si le pire, la récession, est derrière nous. Il en est de même de la crise bancaire et financière. Surtout, la crise de la dette souveraine a contraint les États à mener des politiques de rigueur plus tôt que prévu. Et elles devront durer longtemps, au moins pendant les dix prochaines années, au moins, afin de réduire l’endettement public, mais aussi privé qui a explosé dans certains pays (Espagne, Irlande, Grande-Bretagne). Des politiques qui ne sont pas sans danger : il faudra qu’elles soient suffisamment intelligentes pour qu’elles ne cassent pas la croissance. Par exemple, dans le cas de la France, supprimer les cadeaux fiscaux de 2007 n’aurait aucun impact sur l’activité. Mais on peut craindre que ce ne soit pas le chemin que voudra emprunter le Président de la République qui a une clientèle à soigner…

DSC08528L’une des leçons de la crise de la dette souveraine est que la « culture de stabilité » est plus que jamais d’actualité. Les marchés ont rappelé aux États que l’on ne peut vivre à crédit indéfiniment comme c’est le cas en France où le dernier budget à l’équilibre remonte à 1974… La Grèce, mais aussi l’Irlande, l’Espagne ou le Portugal en savent quelque chose, les marchés leur ayant réservé un traitement d’une rare brutalité. La France sait qu’elle n’a plus le choix si elle veut éviter de payer une facture aussi lourde. Il est d’ailleurs remarquable que les critiques les plus ardents du Pacte de stabilité ne se fassent plus guère entendre. Car, Pacte ou pas pacte, une dette publique reste une dette publique et on vient de voir que les marchés ne sont pas prêts à prêter indéfiniment. Les discours de la campagne présidentielle de 2007 d’un certain Sarkozy Nicolas sont loin, très loin.

* Belgique

Je pars en laissant aussi une Belgique sans gouvernement après les élections législatives du 13 juin. La crise, contrairement à ce que croyaient un certain nombre d’analystes locaux, s’annonce tout aussi longue qu’en 2007… Croire que des indépendantistes flamands de la N-VA et des socialistes francophones (attachés à l’unité du pays) parviendraient, avec un sens retrouvé du défunt « compromis à la Belge », à former une majorité de gouvernement avant la fête nationale belge du 21 juillet, comme on a pu le lire ici ou là, relevait d’un aveuglement qui ne cesse de m’épater. D'ailleurs, la N-VA a affiché que sa marge de négociation était pour le moins étroite en boycottant la fête nationale belge, une manifestation de la « Belgique de papa » qui l’insupporte. Les commentaires sont désormais et enfin un peu moins optimistes et un peu plus réalistes. 

Les Francophones commencent à comprendre que le prix à payer pour former un gouvernement dirigé par le socialiste Elio Di Rupo s’annonce très lourd pour ce qui reste de l’unité de la Belgique, les concessions que les Francophones sont prêts à faire dans le domaine institutionnel s’arrêtant là ou les exigences des Flamingants (nationalistes flamands) commencent. En clair, une majorité ne sera formée qu’au prix d’un alignement des Francophones sur les revendications flamingantes qui ne sont pas, j’en suis convaincu, négociables.

Au mois de septembre donc, pour de nouvelles aventures sur ce blog. Je continuerai à valider vos commentaires, car je ne quitte pas mon Mac, livre à finir oblige.. J’espère vous y retrouver tous et davantage encore pour continuer à partager, discuter, argumenter. et parfois s'engueuler. Bonnes vacances à ceux qui partent, bon courage à tous les autres.




translate : Nederlands English Deutsch +

Laisser un commentaire

?

Derniers articles de Jean Quatremer :


Heureux qui, comme un député grec, a touché le pactole…

Grèce : la BCE ne veut pas prendre ses pertes

Cohn-Bendit : "L’Europe négocie un traité dont elle n’a pas besoin"

 

D'autres articles:

Belgique

Des nouvelles du café du commerce des agences de notation : et si on se faisait la Belgique ? (Jean Quatremer)

Les indépendantistes flamands en embuscade (Jean Quatremer)

Chroniques de crise (2) : bye, bye, l’euro ? (Charles Bricman)


Union Européenne

L’Union veut déjouer les fausses notes (Jean Quatremer)

La Pologne craint le retour de la guerre en Europe si l’euro disparait (Jean Quatremer)

Les défis du transport et de la distribution d’électricité dans l’UE : nouvelle donne nucléaire et augmentation de la capacité d’énergie renouvelable (Institut Thomas More - Comité belgique)





Medium4You.be  Politique éditoriale | Conditions générales et vie privée | Contactez-nous