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Un conflit peut en cacher un autre

jeudi 21 octobre 2010, par Charles Bricman

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Voir en ligne : http://blog.pickme.be/2010/10/21/un...


Depuis plus de quatre mois qu’on a voté et qu’on se demande si les deux vainqueurs du scrutin vont pouvoir s’accorder au sein d’une improbable mais inévitable majorité, on n’a toujours pas abordé l’autre question qui va immanquablement les opposer: la politique économique et sociale, et son volet budgétaire. Or, plus encore que BHV qui n’est qu’une amusette en comparaison, c’est bien cette question-là qui est à la base des difficultés actuelles.

Je ne suis pas en train d’écrire, comme d’autres l’ont seriné ad nauseam en 2007, qu’il serait temps de délaisser les bisbilles communautaires pour s’intéresser enfin aux « vrais problèmes des gens ». Je dis seulement qu’à ne se chamailler que sur l’une sans conclure, on va se ramasser l’autre dans la tronche avec une intensité effrayante. Or, elles sont intimement liées.

A 80 kilomètres de Bruxelles, on entre dans un pays qui bouillonne. La France. Chez nous, le front social ne fait que commencer à s’agiter. En l’absence de gouvernement qui prenne des décisions, on manque de combustible pour un automne socialement chaud. Il n’en reste pas moins que d’une manière ou d’une autre, il faudra bien tôt ou tard songer à réduire le déficit des finances publiques, toutes autorités confondues (Etat fédéral, entités fédérées, pouvoirs locaux et sécurité sociale).

Et c’est ça qui rend si aigu le débat sur la loi spéciale de financement. La Flandre et la Wallonie y sont comme deux propriétés mitoyennes qui se disputent les sacs de sable destinés à renforcer leurs digues pour affronter un prochain raz-de-marée.

C’est même pire que ça. Les deux gérants ne sont pas d’accord sur la façon de les employer. Sous les aspects « tribaux », ou ethniques, ou « linguistiques » de l’affrontement entre néerlandophones et francophones, il y a un vrai fossé idéologique entre les deux camps, celui qui sous différentes formes traverse la Belgique depuis 1830 et la divise entre le nord et le sud. Le sud plus à moins « à gauche » et le nord peu ou prou « à droite ». Le deficit spending contre l’orthodoxie budgétaire. La maîtrise des dépenses contre les recettes nouvelles. Keynes contre Hayek. En gros.

Dans un pays unitaire, ça se gère plus ou moins. Dans une fédération à deux, deux et demi ou trois, c’est beaucoup plus compliqué. dans deux pays séparés, la question ne se pose pas. Séparons-nous alors? On ne peut pas. La Flandre et la Wallonie sont des jumeaux siamois qui se partahent un seul cœur: Bruxelles. Shit!

On ne peut pas non plus revenir en arrière. Un gouvernement s’appuyant sur des députés tous élus dans les provinces flamandes, comme en 1894, vous en voudriez, vous? Un gouvernement ne comprenant qu’un seul ministre wallon, comme en 1870, ça vous tente? C’est ça aussi le régime unitaire. Encore, à l’époque, ils parlaient tous le français en première langue. Ils appartenaient tous au même « monde ». Ils étaient catholiques ou libéraux. La vraie gauche n’est entrée en scène qu’avec le suffrage universel.

Sans issue ni d’un côté (séparatisme) ni de l’autre (unitarisme), nous sommes obligésd’aménager un système plus ou moins poussé de « séparation administrative » comme on disait au XIXe siècle pour désigner le fédéralisme (« d’union », disaient-ils sans redouter les tautologies…), le confédéralisme ou le régionalisme, comme on voudra.

Mais le problème demeure: tant qu’il restera des parties communes dans la copropriété, il faudra les gérer en suivant un programme qui se situera inévitablement quelque part sur l’axe gauche-droite.

En période d’expansion, on l’a toujours fait en y engloutissant les fruits de la croissance. En donnant raisonnablement satisfaction aux uns et aux autres. C’est le pacte social de 44, le pacte scolaire de 58. Mais c’est fini, les Trente Glorieuses. Les lampions sont éteints. Il faut se reprendre à gérer des ressources qui redeviennent rares. La droite résout ça par l’austérité. La gauche n’a pas encore trouvé de réponse. Ça se saurait.

Et la Flandre de droite est convaincue qu’elle ne peut plus attendre la Wallonie de gauche. Même la gauche de la Flandre de droite. A tort ou à raison, toute la Flandre est convaincue que si elle patiente encore, elle va couler avec la Wallonie de gauche.

J’exagère? Je ne pense pas.

Ce pays restera ingouvernable tant que ne se reconstitueront pas, autour des autres clivages sociaux, des solidarités intercommunautaires fortes au sein de familles idéologiques suffisamment unies. La Belgique est entrée en agonie entre 1968 et 1978 quand, l’une après l’autre, les trois grandes familles historiques se sont séparées pour vivre leurs vies, chacune de leur côté. Mais c’est une agonie qui n’a pas de terme: la Belgique est insécable. Sans solution, nous mourrons tous avec elle.

Je sais, c’est bien de le dire, mais comment faire? Je n’en sais rien. Ce soir, je pose la question. Il faut bien commencer quelque part. Il est temps.

 


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Les derniers commentaires

  • Un conflit peut en cacher un autre

    par Pierre@s (IP:xxx.x6.2.98) - 21 octobre 2010 12:32

    Globalement d’accord avec votre texte.
    Mais si gérer le présent passe nécessairement par la compréhension du passé, on ne crée pas l’avenir en regardant derrière soi nostalgiquement.
    Les choses sont ce qu’elles sont. J’ai personnellement toujours dit que le "linguistique" n’était que l’arbre qui cache la forêt dans le débat belge. La guerre belge est beaucoup plus une guerre économique et surtout une volonté de pouvoir d’une ethnie sur une autre.
    C’est pourquoi il n’y aura pas de solution.
    Donc nous mourrons tous ensemble.
    Justement, qu’est-ce qu’on devient après la mort belge ?
    Balayer d’un revers de la main des solutions émanants d’autres plans que le plan "A" relève d’une présomption très belgicaine.

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  • Un conflit peut en cacher un autre

    par polo (IP:xxx.x12.133.173) - 22 octobre 2010 01:38

    le conflit qui oppose les flamands et les wallons me fait pensez de plus en plus ou conflit israelo palistinien dans sa complicité

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    • Un conflit peut en cacher un autre

      par Pierre@s (IP:xxx.x34.253.15) - 22 octobre 2010 13:19

      Plutôt au conflit yougoslave.
      Alors qu’il y avait déjà des morts, les Croates se demandaient toujours ce que voulaient les Serbes.
      Mais il n’y a pas (encore) de morts en belgium. La plupart des Francophones croient encore en une Belgique indivisible.

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