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C’est l’histoire d’une dame qui fut l’épouse d’un célèbre joueur de foot, mais ça n’a rien à voir. Ou très peu. Cette dame est aussi et surtout une admiratrice fervente de Patrick Modiano, l’écrivain dont j’ai lu quelques romans au charme étrange. Mais ça non plus, ça n’a finalement pas grand-chose à voir. Encore que : la dame a eu l’idée de partir à la recherche des lieux dans lesquels se passent ses romans, entre la place de l’Etoile, celle qu’on porte aussi sur le cœur quand la nuit tombe sur la vieille Europe, et la Via delle Bottighe Oscure – la rue des Boutiques obscures, à Rome – qui n’a rien de si spécial, sinon ce nom rêveur, et le souvenir d’avoir abrité, au numéro 5, le siège du parti communiste italien au temps de sa splendeur. Et puis aussi de fournir son titre à un roman de Modiano
Arrivée au bout de son enquête – qui a duré plus de trois ans quand même -, la dame a écrit un livre. Un éditeur l’a publié. Et Modiano s’est fâché. Il a ressenti comme une « souillure », a confié son avocat au mensuel Lire (numéro spécial de juin , sur le polar), que la dame « lui prête de faux souvenirs d’enfance » et « spécule sur ses rapports avec ses parents ». Je n’ai pas lu Oublier Modiano de Marie Lebey. Je ne le lirai peut-être jamais. On ne nous dit pas non plus si cette petite curiosité littéraire présente quelque intérêt, seulement que son auteur a puisé dans la lecture de Modiano l’énergie dont elle avait besoin pour surmonter ses chagrins. L’écriture de ce livre a donc dû être pour elle une sorte de potion médicamenteuse. Et c’est là que je me dis, mais j’affabule peut-être, qu’en engueulant Marie, Modiano scie peut-être un peu la branche sur laquelle il assied sa notoriété. Il est bien possible qu’en droit, il soit strictement dans le sien, nous sommes d’accord. Il est bien clair aussi que Marie a manqué de la plus élémentaire jugeote : un auteur chevronné aurait sans doute songé à déguiser son modèle sous un nom d’emprunt et rédigé quelques lignes pour signaler que cette histoire est purement imaginaire, que toute ressemblance avec des personnes vivantes ou ayant existé serait purement fortuite. On voyait souvent ça, jadis, et on le voit encore au générique de fin de certaines séries américaines. Mais n’empêche : elle doit être bien déçue, la pauvre Marie, que l’idole de papier dont elle s’était fait une cocotte qu’elle avait soigneusement rangée sur une étagère dans un coin de sa pauvre tête la réveille aussi sauvagement. C’est comme un début de roman. Laisser un commentaire |
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