Devenez rédacteur
|
Un gouvernement fantôme engage la Belgique dans une guerre réellejeudi 24 mars 2011, par Jean Quatremer 1 réactionVoir en ligne : http://bruxelles.blogs.liberation.f...
La Belgique vient une nouvelle fois d’administrer la preuve qu’un gouvernement ne sert manifestement pas à grand-chose. Alors que l’équipe dirigée par Yves Leterme est démissionnaire depuis le 26 avril 2010 et qu’aucune majorité de gouvernements ne se profile à l’horizon — en dépit d’élections législatives qui ont eu lieu le 13 juin 2010 —, le Royaume est entré en guerre contre la Libye sans hésitation aucune en dépêchant sur le théâtre d’opérations six F-16. La chambre des députés a soutenu la décision de ce gouvernement fantôme, lundi, par 125 voix et une abstention.
Entrer en guerre est pourtant une décision majeure qui ne peut, en théorie, être prise par un gouvernement en « affaires courantes », sauf bien sûr si le territoire national est attaqué, car il y a alors urgence. On n’est pas précisément dans ce cas de figure, la menace étant pour le moins lointaine. Le ministre de la Défense, le démocrate-chrétien flamand Pieter de Crem (photo), qui semble avoir oublié qu’il n’était là que pour arroser les plantes et éteindre la lumière en attendant son successeur, n’a pas hésité à militer pour l’envoi de troupes terrestres afin de bouter Kadhafi hors de son palais, c’est-à-dire à exposer la vie de ses soldats (sur les « affaires courantes », lire ici).
Bref, nécessité faisant loi, la Belgique se livre à une interprétation créative de sa constitution, repoussant jour après jour les limites de la légalité au risque d’entamer gravement le cadre juridique qui fonde la légitimité du Royaume. Un pays comme la Finlande, par exemple, se montre infiniment plus respectueux des contraintes juridiques. La première ministre a ainsi prévenu ses partenaires européens, le 11 mars, qu’elle n’était plus habilitée à prendre une décision d’importance à partir du 14 mars, le gouvernement étant alors en « affaires courantes » jusqu’à la formation d’une nouvelle équipe à la suite des élections de la mi-avril… Je ne peux m’empêcher de repenser à cette forte pensée d’un ancien porte-parole italien du Conseil des ministres qui semble avoir été pensée pour s’appliquer au Royaume : en 1992, il m’avait expliqué que « le droit, c’est comme la peau des couilles, ça se tend dans le sens que l’on veut ». Les derniers commentairesLaisser un commentaire |
?
Derniers articles de Jean Quatremer : Quand la commission redécouvre la croissance... Euro : Sarkozy se « mélenchonise » dans la dernière ligne droite L’UE d’espoir au conseil européen D'autres articles: LibyeNicolas Sarkozy aux abois (Argoul) LA LIBYE : L’enlisement coupable (LECOMTE) L’intervention armée en Libye et ses enseignements (Institut Thomas More - Comité belgique) GuerreConforter la présence française dans l’OTAN (Institut Thomas More - Comité belgique) Thérèse Delpech, L’Ensauvagement (Argoul) Louis-Ferdinand Céline, Rigodon (Argoul) |