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Un rideau de fer s’est abattu sur Strasbourg

vendredi 3 avril 2009, par Jean Quatremer


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En arrivant à Strasbourg, hier après-midi, j’ai croisé, sur l’autoroute, un long cortège de véhicules de police peints de blanc et de vert et marqués « Polizei ». D’impressionnantes autopompes couleur kaki s’interposaient entre les camionnettes chargées de policiers. Ce convoi (200 policiers et six autopompes) était guidé par une charmante Clio bleu marine de la gendarmerie. Il s’agissait de renforts allemands chargés de donner un coup de main à leurs collègues français pour assurer la sécurité du sommet de l’OTAN qui s’ouvre aujourd’hui, à Baden-Baden et à Kehl et se poursuit demain à Strasbourg.

Cette présence allemande en Alsace m’a ramené en 1988-1989 lorsque la France négociait avec ses partenaires la convention d’application de l’accord de Schengen. L’un des points durs de la négociation portait sur le « droit de poursuite » transfrontalier que réclamaient les Allemands pour traquer des délinquants. Les Français l’ont longtemps refusé en faisant valoir qu’il était inimaginable de laisser des policiers en « uniforme feldgrau » « venir taper à la porte d’un Français en hurlant police allemande. Vous imaginez l’effet en Alsace ? », m’avait dit un haut fonctionnaire de l’époque. Paris l’a finalement accepté, mais en le limitant. Voir tous ces policiers allemands en Alsace montre que les temps ont décidément bien changés.

 

 
 

La capitale alsacienne s’est transformée en camp retranché à 21 heures, hier soir (lire le blogLibéStrasbourg). L’extrême centre et le lieu de la réunion des 28 chefs d’État et de gouvernement (au Palais des congrès), au nord-est de la ville, sont devenus « zone rouge » : pour accéder à ces zones entourées de barrières métalliques, il n’y a que quelques points de passage et il faut montrer patte blanche : seuls les habitants peuvent y pénétrer et les personnes bénéficiant d’une accréditation. Au-delà a été tracé un second cercle, dit « zone orange », où tout le monde est contrôlé. Le tout est surveillé par des gendarmes mobiles en tenue de Robocop.

En tout, 9.000 policiers et gendarmes sont mobilisés : 6.200 CRS et gendarmes mobiles, 500 policiers du Service de protection des hautes personnalités, 900 policiers de la Direction centrale de la Sécurité publique et 800 gendarmes. S'y ajoutent les spécialistes du RAID, du GIGN et du GIPN. Côté allemand, près de 14.600 policiers seront déployés à Baden-Baden et Kehl ainsi que 600 soldats.

Tout l’espace aérien au-dessus de Strasbourg, de Kehl et de Baden-Baden est interdit et des Awacs de l’OTAN et français surveillent le ciel. Six avions de combat Tucano sont prêts à décoller de Colmar pour le guet aérien. Deux sites de missiles Crotale et des guetteurs à vue avec caméra thermique complètent ce dispositif. Les Allemands qui participent à cette « bulle » fournissent six F4 Phantom et des hélicoptères.

Impressionnant, certes, mais pas exceptionnel dès lors qu’un président américain est présent. Le G8 de Naples, en 1994, ou celui d’Evian, en 2003, avaient aussi donné lieu à des mesures exceptionnelles de sécurité. À Naples, tout le centre-ville avait été vidé de ses habitants que j’ai eu le privilège de visiter dans un silence sépulcral… Le matin, me rendant à un rendez-vous, j’ai croisé Bill Clinton qui faisait son footing le long de la baie : deux 4X4 devant lui bondés d’agents du « secret service » et deux derrière lui dont un véhicule équipé d’une mitrailleuse sur le toit. Au-dessus, un hélicoptère. Et au large, un bâtiment de guerre léger… Et c’était bien avant le 11 septembre.

 



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