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Une Journée

lundi 1er mars 2010, par Bernard Delattre


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Derniers jours de février, ce week-end. Lundi, premier jour de mars, c’est la «Journée sans immigrés» en France. Cette initiative associative, soutenue par quelques partis, vise à rappeler l’importance de l’apport des populations d’origines étrangères. «Nous, femmes et hommes, de toutes croyances, de tous bords politiques, et de toutes couleurs de peaux, immigrés, descendants d’immigrés, citoyens conscients de l’apport essentiel de l’immigration à notre pays, en avons assez des propos indignes tenus par certains responsables politiques visant à stigmatiser ou criminaliser les immigrés et leurs descendants», dit le manifeste du mouvement. «Nous refusons que les bienfaits passés, présents et futurs des immigrés, qui ont toujours construit la France, soient ainsi niés d’un trait». Lundi, dès lors, les immigrés installés en France, leurs descendants et les sympathisants sont invités à se croiser les bras. Une façon, «par cette absence», de «marquer la nécessité de notre présence».

 

Si ce mouvement avait lieu aujourd’hui et s’il était très massivement suivi, à quoi donc aurait ressemblé pour nous ce vendredi, dans notre quartier de Paris? C’est la question qu’on s’est posée ce matin, au saut du lit.

 

D’abord, on aurait dû faire l’impasse sur les croissants du matin: la boulangerie où on a nos habitudes, dans notre onzième arrondissement, est tenue par une famille d’origine marocaine. On se serait rabattu sur le bar-tabac en face, pour un thé. Mais là aussi, on aurait trouvé porte close: le commerce est tenu par des Chinois. Arrivé le ventre vide et donc forcément un peu bougon au bureau, on aurait eu la mauvaise surprise de constater celui-ci complètement déserté par ses occupants habituels: tous journalistes et photographes de la presse internationale et donc qui auraient forcément été absents en cette journée sans étrangers. La matinée aurait donc été solitaire et morose. Le vendredi midi, quand on a le temps de prendre une pause-déjeuner, on va entre collègues au petit resto du coin. Cette fois là, on n’aurait pas pu y aller: c’est une gargote thaï. Le snack plus loin, alors? Pas de bol: le patron étant originaire d’Algérie, il aurait lui aussi été fermé. En début de soirée le vendredi, on fait du sport. Mais ce soir, pas sûr que l’entraînement aurait été maintenu: en effet, le personnel du gymnase municipal où il se déroule est en majorité antillais, dont quelque part un peu d’origine étrangère. Enfin, la troisième mi-temps, dans le Marais, aurait été beaucoup moins drôle que d’habitude: les bars de ce quartier, fréquentés par une faune d’origines si mélangées, auraient été bien vides en cette journée exclusivement franco-française de souche.

 

Bref, pour nous, cette journée sans étrangers aurait été assez pourrie. Et, sans avoir la prétention de mener une vie complètement représentative, on n’est pas loin de penser que cela aurait été le cas aussi pour pas mal de gens, à Paris et dans le pays.

 

Le simple fait qu’en France, en 2010, soit organisée une journée du type de celle de lundi en dit-il long sur l’état de ce pays?


 
 


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