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C’est particulièrement frappant dans le onzième arrondissement, et notamment dans notre cher quartier Saint-Sébastien. Au point qu’il est difficile, même lorsqu’on ne s’y promène que quelques minutes, de ne pas tomber sur de l’art urbain. Le plus souvent récemment réalisé, nouvellement collé, tout fraîchement paint.
Dans cette ville cet été, il faut dire, l’art urbain s’est vu offrir une monumentale et très officielle consécration. Depuis juillet jusqu’à la fin novembre, en effet, la Fondation Cartier consacre une rétrospective aux origines new-yorkaises de cette discipline artistique. Et, depuis son ouverture, cette expo ne désemplit pas. Preuve que, plus que jamais, le «street art» est dans le vent ici. A cette occasion, la Fondation a même osé badigeonner une gigantesque fresque toute en couleurs et en rondeurs sur une des immenses façades de verre de son bâtiment – qui vieillit bien décidément, se dit-on chaque fois qu’on y va.
Une impression un peu troublante, cela dit, se dégage de cette rétrospective. Elle saisit le visiteur quand, par exemple, il visionne les vidéos projetées en sous-sol du bâtiment, dans lesquelles les stars de cette discipline racontent leur parcours. Il y a trente ans, ils étaient de jeunes artistes plein d’audaces, à la marge, voire en rupture de ban. Aujourd’hui, ces grands maîtres ont un discours à la limite du pontifiant.
Du coup, on peut évidemment se poser la question: quelle est encore la valeur d’une discipline artistique, et a fortiori de cette discipline-là, quand elle s’est à ce point institutionnalisée? Quand, après avoir fait son entrée dans les galeries d’art (dès les années 80) et avoir fait la fortune de collectionneurs avisés (plus que jamais en France en ce moment), elle fait désormais l’objet de rétrospectives aussi courues et consensuelles que celle en cours à la Fondation Cartier?
La boucle semble bouclée, et cet art urbain jadis underground paraît avoir été un peu récupéré, quand, à la sortie de «Né dans la Rue», on voit des graffeurs badigeonner les panneaux aimablement mis à leur disposition par l'expo. Qu’auraient donc pensé les ados rebelles du Lower East Side des années 70 de leurs petits frères parisiens, quarante ans plus tard? Qui manient leurs bombes et leurs pochoirs sous le crépitement des appareils photo des touristes et l’oeil bienveillant des vigiles… Laisser un commentaire |
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