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Une (double) couardise

mercredi 23 février 2011, par Bernard Delattre


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soldatclément.jpg

Gouverner et communiquer, cela va de soi. Gouverner et assumer, c'est moins évident. On vient d'en avoir un double exemple en France. L'exemple d'une pudeur qui confine à la couardise.

Premier exemple? Il y a des choses qu'il vaut mieux ne pas dire à l'opinion, pensent sans doute les grands communicants qui entourent les hauts dirigeants français. Ainsi, quel était l'âge du chasseur de première classe Clément Chamarier, qui a été tué en Afghanistan samedi? (Au passage, c'est le 54ème Français mort dans ce pays depuis que les troupes françaises y sont déployées, en 2001) Son âge n'est mentionné ni dans le communiqué du Président Sarkozy, ni dans celui du Premier ministre François Fillon, ni dans celui du ministre de la Défense Alain Juppé, tous trois diffusés ce week-end pour lui rendre hommage. Les télés françaises, samedi soir, ont en majorité parlé d'un soldat «âgé d'une vingtaine d'années». C'est faux. Comme l'armée de terre, elle, a le cran de le préciser (ici), Clément Chamarier était «âgé de 18 ans». Il était donc plus jeune encore que ce soldat français âgé de 20 ans tué il y a quasiment un an jour pour jour dans ce même pays, dont on avait parlé (là) dans ce blog à l'époque.

Pour clore ce premier exemple, on se contentera de reprendre textuellement (à deux chiffres près, relatifs à l'âge de l'intéressé) ce qu'on écrivait alors. «18 ans. Sans doute n’y a-t-il pas d’âge idéal pour mourir. Probablement ne faut-il pas réduire à ce genre de détail le débat sur l’engagement militaire français en Afghanistan, autrement plus complexe. Mais tout de même. 18 ans!»

Deuxième exemple? Il y a des choses qu'il vaut mieux que l'opinion oublie, pensent sans doute les grands communicants qui entourent les hauts dirigeants français. Oublier par exemple, au moment où le sang coule en Libye, le tapis rouge qui, en décembre 2007, avait été déployé à Paris en l'honneur du colonel Kadhafi. .

sarkozykadhaf.jpgAinsi, sur le site web de l'Elysée – sauf erreur: on n'a pas eu le temps, ce matin, d'y passer des heures –, on ne trouve plus trace de cette visite. Ni photo, ni vidéo, ni discours, ni la moindre déclaration. Une petite main du service de com' de l'Elysée aurait-elle donc, cette nuit, été chargée d'effacer tout cela? La Présidence a démenti, jurant que ces documents n'avaient jamais figuré sur le site. Y figure toujours, en revanche, une déclaration de janvier 2008: Nicolas Sarkozy y raille «le charivari un peu ridicule» provoqué par cette visite.

Si cet émoi était «ridicule», c'était que, de l'avis de l'Elysée, cette grande pompe franco-libyenne était justifiable. Mais pas sûr qu'en haut lieu, beaucoup de gens le répéteront, trois ans plus tard.



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