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Une fessée pour Richard

mardi 7 février 2012, par Charles Bricman


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Voir en ligne : http://blog.pickme.be/2012/02/06/un...

En tant qu’individu, j’aime bien Richard Miller, le libéral montois qui avait la coquetterie farceuse, lorsqu’il était fonctionnaire au conseil régional wallon, d’exposer un buste de Karl Marx dans son bureau. Richard est philosophe de formation. Marx aussi. J’aime donc bien Richard mais qui aime bien châtie bien. Je vais lui administrer (moralement seulement, rassurez-vous) la bonne fessée qu’il mérite pour les bêtises qu’il a dites dans Le Soir, ce matin.

 

Pas parce que dans le débat entre communautaristes et régionalistes il a pris le parti des premiers et que je tiens pour les seconds. Tout le monde a le droit d’avoir ses idées et de les exprimer. Non: nous ne sommes pas d’accord, lui et moi, mais ce n’est pas la question. J’en ai d’abord aux arguments qu’il avance pour justifier son choix. Pour la plupart, ils sont déplacés et ne sont pas intellectuellement honnêtes car strictement politiciens et démagogiques.

Il y en a huit, dites donc. Je ne vais pas les reproduire ici, ils sont imprimés dans Le Soir et, si vous n’avez pas acheté le numéro, vous les trouverez dès demain dans les archives du journal, sur son site internet.

Vous verrez d’abord que tous les huit, je dis bien: tous, sont fondés sur une critique du parti socialiste et, subsidiairement de ses partenaires CDH et Ecolo « qui ne font pas le poids », alors que le MR, quand il s’allie au PS… et blablabla… Ce sont des arguments d’estrade, ça, Richard. Ça peut éventuellement fonctionner dans un meeting, devant des militants convaincus, pas dans un vrai débat. Parce qu’un système politique, une organisation institutionnelle, ça doit pouvoir fonctionner avec n’importe quelle majorité démocratique, qu’elle soit de gauche ou de droite, flamande ou wallonne, communautariste ou régionaliste. Même avec un Etat-PS qui me broute sûrement autant, si pas plus, que toi.

Bien sûr, je ne suis pas naïf au point de croire qu’il n’y a pas d’enjeux de pouvoir dans les institutions. C’est sûr que si « la gauche » est plutôt régionaliste, c’est parce qu’il y a une majorité « de gauche » en Wallonie. Mais c’est justement pour ça que toi, Richard, comme libéral, tu es « communautariste »: parce qu’avec les Bruxellois, les libéraux ont plus de poids en communauté française – je refuse d’employer le sobriquet que toi et tes amis lui avez donnée – qu’ils n’en ont actuellement en région wallonne.

Et donc, là-dessus: rastreins, Richard! Les socialistes et toi, vous êtes strictement à égalité, au mieux, sur ce terrain. Marchands de soupe et démagogues.

Le débat est beaucoup plus fondamental et tu le sais mais, comme souvent les philosophes et les intellos, tu te dis qu’il est trop compliqué pour le commun des mortels et tu crois le leur rendre accessible en le caricaturant. Mais tu n’arrives ce faisant, mutatis mutandis rassure-toi, je ne veux à aucun prix t’offenser, qu’à être en politique comme Catherine Deneuve dans Belle de Jour: une femme du monde qui fait le trottoir.

Tu n’as pas que les socialistes comme adversaires. Tu te bats aussi contre les Flamins. Et là, tu joues sur du velours: rien de tel pour se poser que de pouvoir s’opposer. C’est facile et sans risque: en francophonie vous êtes tous sur la ligne de la doxa dominante selon laquelle la Flandre veut son indépendance et l’obtiendra un jour. Alors, pour vous y préparer, vous essayez d’arrimer (d’annexer?) Bruxelles à la Wallonie, dans une « communauté », une « fédération », un bidule quelconque dont le seul effet est d’empêcher toute solution durable du problème belge. Pûûten af van Brussel, Richard. Bas les pattes.

Toute l’ironie de la chose, c’est que la « communauté » dont tu es un si chaud partisan, est une invention flamande, conçue pour pérenniser le lien entre Bruxelles et… la Flandre! Parce qu’à Bruxelles, historiquement flamande, les néerlandophones sont très minoritaires, sauf pendant la journée, quand les navetteurs y sont présents. Et donc, quand tu prétends utiliser la communauté pour annexer Bruxelles à la Wallonie, tu proposes, en fait, une stratégie aussi radicale que celle de la poignée de flamingants romantiques qui rêvent encore de reflamandiser Bruxelles comme ils ont reflamandisé la Flandre.

Voilà même que tu t’en prends à ce malheureux Kris Peeters, le ministre-président flamand, quand il revient fédéraliste:  lorsqu’il se réjouit de voir renaître le courant régionaliste en Wallonie, moi je me réjouis avec lui parce que la dissolution du front francophone wallobruxien, c’est la première des conditions nécessaires à la reconstruction d’un Etat fédéral vivable. Le rôle d’une capitale n’est pas d’être l’alliée ou la vassale d’une région contre une autre, mais d’être le lien entre elles. Il doit bien sûr y avoir une solidarité entre Bruxelles et la Wallonie, mais pas plus ni moins qu’avec la Flandre. Il doit y avoir une même solidarité, aussi forte et impérieuse, entre Bruxelles et la Flandre qu’entre Bruxelles et la Wallonie. La solidarité entre francophones – ou entre néerlandophones – c’est important aussi mais c’est autre chose et c’est beaucoup plus large.

Alors, je vais te dire, Richard, cette redoutable fantaisie de fédération wallono-bruxelloise qui fait presque l’unanimité dans la nomenklatura particratique sudiste et que tu célèbres sous les atours grandiloquents et quasi barrésiens de « la patrie francophone », elle n’est que le signe que vous, les communautaristes patriotards, vous êtes au moins aussi séparatistes que le militant de base de la N-VA. La seule différence, finalement, c’est que vous, vous n’avez pas les c… de le revendiquer à l’article 1er de vos statuts. Vous attendez qu’on le réalise pour vous. Que la Flandre, lassée de vos procrastinations et de vos jérémiades, claque la porte du royaume et, surtout, n’éteigne pas la lumière en sortant. Alors, vous pourrez vous poser en innocentes victimes.

Mais vous rêvez. La Flandre ne proclamera pas son indépendance. Seulement, l’encre de la sixième réforme de l’Etat ne sera pas sèche qu’elle revendiquera la septième, parce que tout le brol négocié pour mettre en place Di Rupo Ier ne fonctionnera pas. Et vous vous plaindrez en disant que ces fichus Flamins n’en ont jamais assez. Et on repartira pour un tour, un peu plus affaiblis, un peu plus pauvres, un peu plus amers. Jusqu’à « la finale crevaison grenouillère ».

Mais je t’aime toujours bien, Richard. Je regrette seulement que tu te poses en Hibernatus de la francophonie érigée en « nation ». C’est dépassé, Richard, les « nations ». Surtout celles qui n’existent pas.

Sans rancune, hein?



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