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Une maladie

jeudi 10 septembre 2009, par Bernard Delattre


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stéthoscope.jpgOn est tombé des nues ce matin, en parcourant la dernière livraison du bulletin hebdomadaire de l’Institut de veille sanitaire (InVS). En effet, alors que, depuis des semaines, on fait un foin pas possible en France autour de la grippe A-H1N1, il apparaît que, dans ce pays, subsiste encore une maladie dont on ne parle jamais et qui est pourtant séculaire, horrible, et dont les porteurs ont depuis toujours été extrêmement stigmatisés, quand ils n'étaient pas carrément martyrisés. Une affection dont on peut parfaitement guérir, moyennant un traitement qui coûte royalement 40 euros. Une maladie à propos de laquelle les autorités n’ont, que l’on sache, jamais communiqué et dont, manifestement, elles se contrefichent totalement. On veut parler de… la lèpre. Qui en 2009 donc, sévit toujours en France, cinquième puissance économique mondiale.

 

Alors, évidemment, cela nous éloigne de Paris puisque cela se passe dans l’outre-mer français. Mais enfin, comme les DOM-TOM font, jusqu’à nouvel ordre, partie de la France, on ne voit pas pourquoi on n’en parlerait pas.

 

Preuve que la lèpre n’intéresse pas grand monde, même à l’InVS, «on ignore le nombre exact de patients atteints sur le territoire français». Selon les dernières estimations, la France compterait tout de même quelque 200 lépreux: en Guyane, à Mayotte, aux Antilles, en Polynésie ou en Nouvelle-Calédonie. Mayotte doit même être considérée comme «une zone endémique» si l’on se réfère aux critères de l’Organisation mondiale de la Santé. L’on y rencontre «un pourcentage important d’enfants de moins de 15 ans» atteints. En Nouvelle-Calédonie, «la population mélanésienne reste la plus exposée à la maladie» par rapport à la population d’origine européenne. D’après l’InVS, si la lèpre devient globalement moins fréquente en France, «les cliniciens médicaux et paramédicaux capables de (la) diagnostiquer et de (la) prendre en charge sont également devenus rares. Le diagnostic s’en retrouve plus difficile. A cela, il faut ajouter une présentation polymorphe et de longs délais d’incubation. Une sous-détection des cas liée à la diminution de la sensibilisation des acteurs de santé ou à la diminution de l’information des populations à risque est donc à craindre». Dès lors, les experts du ministère de la Santé redoutent que «l’absence de système de surveillance spécifique, associée à la probable sous-détection» de cette affection, pose des «problèmes». A fortiori que «la France (métropolitaine et ultramarine) est vulnérable à une recrudescence» de la lèpre, vu notamment que «les données recueillies à Mayotte et en Guyane suggèrent que la situation ne s’améliore pas».

 

Sans doute les médias français ne relayeront-ils que peu ce rapport alarmant. L’outre-mer, vu de Paris, c’est si loin. Ces dernières semaines, d’ailleurs, à plusieurs reprises, on a sursauté en constatant la façon dont les médias de ce pays effectuaient le décompte macabre des victimes de la grippe A. Plusieurs fois, en effet, on a vu, lu ou entendu, avec effarement, que le nombre de décès dûs à cette maladie était limité à deux ou trois personnes «en France». C'est évidemment«en France métropolitaine» qu'il aurait fallu dire, puisqu’une dizaine de Français ultramarins au moins ont déjà succombé à ce virus.

 

Que doivent donc bien ressentir les proches de ces Français lorsqu’ils se rendent compte que leur calvaire est ainsi, et si fréquemment, négligé par les médias de leur propre pays? 

 
 
 


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