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Union Africaine : Sarkozy encore des mots, que de maux !

mardi 1er février 2011, par Aimé Mathurin Moussy


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On cherchait désespérément, dans sa petite tête et dans l'actualité, le mot du jour. Nicolas Sarkozy nous le fournit aimablement. Il a demandé ce matin solennellement à ses pairs africains, au sommet   de l’Union Africaine à Addis-Abeba, le 30 janvier 2010 : «  Ici ou là, des conflits s’éternisent. Je pense à l’Est de la République Démocratique du Congo, théâtre depuis si longtemps d’une tragédie humanitaire. Je pense à la Somalie, en proie depuis deux décennies au chaos et où le gouvernement de transition peine à asseoir son autorité, malgré l’action admirable des soldats de l’Union africaine.

En Côte d’Ivoire, c’est tout un peuple qui voit bafoué le choix qu’il a librement exprimé lors d’une élection qui devait sceller le retour à la paix. La France apporte un soutien résolu aux efforts de l’Union Africaine, de la Cedeao et du Secrétaire général des Nation Unies pour faire prévaloir, dans la paix, le respect du choix des Ivoiriens »…
Selon Sarkozy,  l’Afrique devrait  faire preuve entre autres de « loyauté ». C'est un mot magnifique, que ce mot-là. Un mot qui fait rêver tous ceux (c'est-à-dire tout le monde) qui ont eu un jour à rencontrer le contraire de la loyauté que les dictionnaires décrivent ainsi: « duplicité », « hypocrisie », « perfidie » et « traîtrise ».
 
Les paroles que valent-elles ?
 
Que les différents présidents-candidats aient à se montrer loyaux entre eux, ensuite envers leurs compatriotes ; Une maxime qui relève plus de l'évidence que de la pratique.  Vue sous cet angle de missionnaire, nous nous garderons cependant, de leur faire grief de leurs déloyautés, et surtout à la France, tant que nous n'avons pas, nous-mêmes, vérifié l'état de nos loyautés et de nos déloyautés. Et si quelqu’un, à l’instar d’un Nicolas Sarkozy, s'examinant loyalement, peut conclure qu'il n'a trompé personne, alors celui-là, s'avançant vers les autres, pourra proclamer tranquillement qu'on peut le croire quand il parle. Le monde redécouvre la « faim dans de l’Afrique ». Emeutes de la faim en Algérie, en Egypte, en Tunisie. Où, demain? Les dirigeants du FMI et de la FAO avaient commencé à nous alerter sur la hausse vertigineuse des prix des céréales et de l'alimentation de base que représentent le blé, le riz, et tout ce qui sert à nourrir le bétail... qui nourrit l'homme. Sarkozy, lui obsédé par ses intérêts avec Ben Ali, Moubarak, et ses autres comparses, et non de  la hausse du prix du pétrole et de denrées de première nécessité, si chère à toute « loyauté », n’a vu rien passer.
Et voici que l'on en revient à ce qui semblait d'un autre temps: les émeutes de la faim, la démocratie terrible bourreau des amis de Sarkozy, la cruelle ingérence dans la souveraineté des Etats africains. Ici on nous explique que les élections (encore elles...) seraient responsables en raisons de la destruction des équilibres tant nationaux que régionaux, avec leurs taux de misères. Ailleurs on nous dit que les spéculateurs, revenus du front des marchés financiers, orientent leurs mises vers les céréales et font ainsi monter les enchères. D'autres, enfin, mettent en cause les changements climatiques. Quelle que soit la cause (quelles que soient les causes) si la faim redevient une menace massive pour la « démocratie », il est temps, pour Sarkozy, de sortir de ses petits soucis de gavé du Cac 40.
 
Les actes, que les actes…
 
Vingt-cinq minutes, hier matin, devant un parterre d’applaudisseurs sur les affaires africaines de gouvernance, selon le président de l’ordre mondial, G8 et G20, Nicolas Sarkozy, ont accouché d’une souris! La participation de certains grands médias à la culture de la « démocratie » devient obsédante, massive, anxiogène. Toujours la même vision condescendante sur l’Afrique et ses peuples. Tous ou presque se taisent, sur les dénis de démocratie et l’ingérence de la France dans la souveraineté des Etats en Afrique, et surtout le droit des peuples à s’autodéterminer.
 On comprend les affres des autorités publiques françaises en Afrique, car la plupart des médias sont détenus par ces faiseurs de rois. On peut se taire quand, Sarkozy soutient des autocrates, déroule le tapis de l’Elysée aux plus grandes sanguinaires de l’histoire des peuples. Personne ne dénonce ou ne s’interroge, sur le soutien de Sarkozy aux candidats aux élections, la réception d’Ali Bongo entre les deux tours de l’élection ; la réception d’Alassane Ouattara entre les deux tours de l’élection, par un suppôt de Sarkozy en la personne de Wade.
 Cependant, si désormais tout risque, toute menace qui se profile à l'horizon, toute agitation populaire signalée sur un coin de notre terre doit justifier la mobilisation générale et l'alarme des peuples il va falloir s'armer contre l'anxiété perpétuelle. Parce que ce sont les puissances occidentales qui ont suscité ce malaise. Nous n'en sommes pas encore à la panique générale mais à tant vouloir nous rassurer, bien entendu, on nous inquiète... Nous sommes passés de la culture du fatalisme à celle du questionnement, de la confiance à la méfiance, de l'acceptation à la parano. Tunisie, Egypte, Côte-d’Ivoire les leçons sont tirées. Ce que révèle cette parade nerveuse face à un danger non encore avéré c'est à la fois le sens de la responsabilité et la précaution contre une accusation future de responsabilité de l’Occident. Gouverner, naguère, c'était vendre un rêve et de meilleures perspectives, désormais, gouverner serait-ce prévoir l’Armageddon?
 
Aimé Mathurin Moussy
 
 


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