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Vive les Banques et les Banquiers

mardi 20 avril 2010, par Pierre Zurstrassen

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Comprendre avec facilité la crise des « subprime » et celle qui nous menace suite à la situation de la « Grèce ».

 



Il était une fois un certain Francesco Datini (1335-1410), citoyen de la ville de Prato (Toscane-Italie), qui inventa la lettre de change (le chèque si vous préférez). Plus besoin de transporter de l’or dans les fontes de son cheval au risque d’être dévalisé, battu ou tué. C’était merveilleux. Datini donnait ses lettre de change sachant qu’il avait de l’or ou une créance sur le destinataire de la lettre à Venise, Gênes, Paris, Amsterdam, Londres etc.

Naquit, quelques années après sa mort, près de là, à Florence, un certain Laurent de Medici (1149-1492) appelé par la suite « Lorenzo il Magnifico ». En tant que marchand ce dernier fit la même chose. Les Médicis étant extrêmement fortunés et puissants, une lettre signée « Medici » valait son or et commença à s’échanger comme actuellement un billet de Banque.

Laurent, trop occupé, se soucia de moins en moins de savoir si l’or qu’il possédait était l’équivalent de ses lettres de change. Celles-ci surpassaient même la totalité de ses avoirs, de son actif comme on dit aujourd’hui. La Banque était née.

Donner une lettre de change, un chèque, c’est reconnaître que l’on doit le montant indiqué. Savoir que l’on ne pourra pas le payer c’est… (voler, le pensez-vous ?).

Attention cependant, le système ainsi naïvement inventé fut aussi bénéfique. J’ai de l’or (tout le monde en avait, soit très peu, infiniment peu ou beaucoup). Je le garde. Il ne se passe rien. Je prête, disons 10.000 écus, à un voisin qui ne sait pas payer le toit de sa nouvelle maison. Ainsi lui a sa maison. Le toiturier a les 10.000 écus et s’achète une machine à couper le zinc. Le marchand de machines ...J’ai créé de la richesse. Mon or circule. Si  c’est une lettre de change, de même. Une grande partie de la prospérité européenne depuis la renaissance (1400) est due à cette libéralisation des moyens de paiements. Félicitons Lorenzo (voir le post scriptum).

En agissant ainsi Lorenzo a créé une tentation. Cette tentation est salutaire jusqu’à un certain point. Lorenzo avait des actifs pour 80% de ses dettes. Par la suite, les marchands, appelés de plus en plus banquiers, se sont contentés de 70, puis 50, puis 20, puis 10 et enfin quelques 9 pourcents.

Cet aspect est pudiquement caché. Vous ne voyez pas d’avertissement dans la presse vous disant « Attention ! Telle Banque n’a plus que 8% de l’argent que vous lui avez confié ». Votre Banque vous dit au contraire « Votre compte est…ou dans votre compte existe encore un solde de 3428,00 € » Or il n’y a rien dans votre compte car il n’existe pas. Cette terminologie est fausse. La Banque devrait vous dire « Je vous dois encore 3 428,00 € » ce qui est différent. Ces malentendus existent depuis des siècles et sont à la base du système financier mondial.

Transportons nous dans le temps présent. Nous savons maintenant que cet incitant financier, le crédit, entretien la dépense et donc l’emploi et la prospérité.

Les autorités, en vue d’apprécier la richesse des Banques, les bourses en vue d’uniformiser l’appréciation des comptes et bilans de celles-ci, ont provoqués des rencontres notamment à Bâle sous l’égide des Banques Centrales. Les accords de Bâle II (étudiés depuis 1998 et mis en place en 2004), à côté de décisions très positives ont décrété que l’évaluation des actifs devait se faire à la valeur du jour. La conjoncture fut ascendante, les valorisations augmentaient, la capacité d’entretenir la croissance augmentait ce qui arrangeait bien nos politiciens tout en améliorant les bilans et la rémunération des Banquiers. Toutefois cette décision était stupide. Utiliser la valeur du jour signifie aussi que si la conjoncture s’affaiblit, si la Bourse baisse, si d’autres valeurs détenues par les Banques se dégradent, l’actif bancaire fera de même.

Il fallait nécessairement que cela tourne mal et ne sont pas montrés du doigt les principaux responsables tel que notamment le Président de la CBFA sensé être le gardien du sérieux et de l’honnêteté du système financier pas plus que le Président de la Banque Nationale qui l’un et l’autre continuent à se pavaner en critiquant les autres. Pardonnons-leur car ils ne savent ce qu’ils font. Comme beaucoup d’autres d’ailleurs et peut-être comme moi en ce moment.

 

Mais finalement quid du subprime, quid de la Grèce ?

Pourquoi, en ce qui concerne le subprime, ne pas avoir laissé les gens chez eux ? On pouvait réduire leur dette de moitié, l’étaler dans le temps, diminuer la charge provisoirement. La créance aurait continué d’exister et l’actif bancaire n’aurait pas été inondé de créances pourries.

La Grèce maintenant. Pourquoi la Grèce ne déclare-t-elle pas que sa dette, ses obligations, sont nulles et sans valeur. Se mettre en défaut de paiement. L’histoire est remplie de ce genre de décision dont celle d’Edouard IV d’Angleterre qui affecta grandement notre ami Lorenzo. A titre informatif Carmen M. Reinhardt et Kenneth S. Rogoff dénombrent, entre 1300 et 1900, 3 défauts semblables pour l’Angleterre, 9 pour la France, 14 pour l’Espagne. Ne parlons pas de l’histoire récente où l’on voit, entre 1900 et 2008, 23 défaillances en Afrique, 12 en Asie, 37 en Amérique Latine.

Une décision de ce genre ne serait que juste en ce qui concerne la Grèce puisque ceux qui prêtent prennent un risque et n’ont pas de raisons de se plaindre si le risque survient. Le contraire serait immoral.

Pourquoi ces solutions simples ne sont-elles pas appliquées et que les chefs d’Etats se réunissent pour résoudre ces problèmes ?

Pour le subprime, la cause de cette sollicitude vient du fait que les Banques, déjà devenues fragiles au fil du temps et de l’effet Bâle II, ne pouvaient plus cacher leur faillite et qu’ainsi tout le système bâti depuis Lorenzo s’effondrait amenant dans nos pays l’obligation de regarder en face la valeur du solde du compte bancaire de chacun.

Pour le cas de la Grèce, c’est plus facile à comprendre si l’on sait que les prêteurs ne sont pas majoritairement des Grecs ou d'autres personnes mais à nouveau les Banques. S’il s’agissait de particuliers, on les laisserait tomber.

 

Le propos ci-dessus fut de décrire la réalité des choses, non pas de critiquer un système hypocrite certes mais nécessaire, basé sur la confiance dans la sagesse de nos banquiers et de nos institutions.

En fait nous sommes prisonniers de notre système mais le supprimer implique la disparition des Banques. La conséquence serait la faim et la misère, le retour au Moyen-âge.

Un certain nombre de choses sont troublantes à ce sujet. L’Asie vient de se développer d’une manière fulgurante. Ceci est dû en partie à l’extension de ce système financier et cela marche le mieux là où la confiance existe, en Chine par exemple.

L’Afrique ne sort pas de sa misère dans la partie sub-saharienne, le sud excepté. La confiance est inexistante tout comme dans certains pays d’Amérique du Sud. Les pays européens qui se sont le mieux développés sont les pays protestants. Le protestant est seul responsable de ses actes devant Dieu et devant les autres. Ce sens de la responsabilité augmente la confiance. Les premiers colons d’Amérique du Nord étaient surtout calvinistes. Ils suivaient donc la loi protestante la plus rigoureuse. On a vu le résultat.

En conclusion tout se résume à un problème de confiance et celle-ci n’étant plus dépendante de la morale religieuse ne peut perdurer que par l’exemple. Celui-ci doit venir en premier lieu de nos hommes politiques et là notre pays n’est pas gâté.

Quant à la crise en général il est clair qu’il faut reconstruire la confiance. Pour cela, améliorer l’actif des Banques. Mais il faut aussi lutter contre la crise. Et donc inciter les Banques à accorder du crédit. Le problème est bien difficile à résoudre. C’est en effet comme si l’on demandait à un ménage de rembourser plus vite sa dette et en même temps de dépenser plus.

 

PS : D’après les historiens ce ne serait pas Francesco Datini qui aurait inventé la lettre de change mais les gens de Prato y croient et lui on érigé une énorme statue sur la Piazza Principale. Ce serait bien avant lui que ce document apparut. Quant à Lorenzo c’est peut-être son grand-père Cosimo ou un autre qui a profité pour la première fois de cette faculté de créer de l’or. Qui ? on ne le saura jamais. Cela ne change rien à la signification de notre exposé sauf de le rendre plus vivant.




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Les derniers commentaires

  • Vive les Banques et les Banquiers

    par Pierre (IP:xxx.x40.124.132) - 23 avril 2010 11:57

    Erratum : Lorenzo il Magnifico n’a pas vécu de 1149 à 1492 mais bien, malheureusement pour lui, de 1449 à 1492

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  • Vive les Banques et les Banquiers

    par ploutopia (IP:xxx.x90.115.14) - 23 avril 2010 17:00

    Pourquoi la Grèce ne déclare-t-elle pas que sa dette, ses obligations, sont nulles et sans valeur
    Justement parce que vous dites plus haut que
    Nous savons maintenant que cet incitant financier, le crédit, entretien la dépense et donc l’emploi et la prospérité.
    http://ploutopia.over-blog.com/page...



    Pourquoi ces solutions simples ne sont-elles pas appliquées et que les chefs d’Etats se réunissent pour résoudre ces problèmes ?
    Parce que tout le système économique est une chaîne de Ponzi. Retirez la base (plus de confiance) et tout s’écroule.
    Pour la Grèce, lire http://ploutopia.over-blog.com/arti...



    Pour le subprime, la cause de cette sollicitude vient du fait que les Banques, déjà devenues fragiles au fil du temps et de l’effet Bâle II
    Parce que les banques poussées par les demandes de rentabilité de leurs créanciers et sensées évaluer le risque octroient de prêts à des gens qu’elles savent incapable de rembourser et qu’en prime (subprime) elles revendent ces reconnaissances de dettes au monde entier (autres banques poussées par autres créanciers gourmand) en prétendant que c’est du caviar !
    http://ploutopia.over-blog.com/arti...
    http://ploutopia.over-blog.com/arti...
    http://ploutopia.over-blog.com/arti...



    L’Asie vient de se développer d’une manière fulgurante
    Parce qu’elle vient d’entrer dans la danse capitaliste. Parce qu’elle est un vivier de main d’œuvre qui accepte encore de se faire exploiter sans vergogne. Parce que la Chine, principal moteur mondial est issue d’une idéologie communiste et totalitaire qui convient fort bien à l’accomplissement d’une logique capitaliste. Et enfin parce que la Chine est aujourd’hui la principale détentrice de capitaux US vecteur monétaire mondial principal.
    http://ploutopia.over-blog.com/arti...



    L’Afrique ne sort pas de sa misère
    Parce qu’elle ploie sous l’exploitation et l’obligation de remboursement de dettes illégitimes à des créanciers qui profitent de la chaîne de Ponzi.
    http://ploutopia.over-blog.com/arti...
    http://ploutopia.over-blog.com/arti...
    http://ploutopia.over-blog.com/arti...



    Le protestant est seul responsable de ses actes devant Dieu et devant les autres.
    Parce que les protestants ont réduit Dieu à l’unique conception Travail-Argent. Les protestant voient dans le travail et dans le capital un accomplissement divin.
    http://ploutopia.over-blog.com/arti...

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  • Vive les Banques et les Banquiers

    par Pierre (IP:xxx.x40.124.132) - 24 avril 2010 20:54

    Cher Ploutopia,



    Je ne peux pas critiquer vos commentaires. Votre sensibilité est plus orientée vers l’aide et surtout la considération des gens démunis dans le cirque que nous vivons. Et c’est bien car le coeur doit toujours nous guider dans nos décisions.



    Les causes que vous mettez en avant sont fondées mais l’homme possède une nature et l’appât d’un avantage l’attire toujours. Je parle en prenant les caractéristiques humaines non pas en moyenne mais pense ici à la majorité des gens. C’est triste mais on ne peut changer la nature de cet être appelé homme.



    Dans mon billet, j’ai essayé de décrire la situation économique et financière comme elle est aujourd’hui. Je suis sceptique quant à une amélioration car primo le marché existe depuis des siècles et provient de la nature humaine (on veut ce que l’autre a) et secundo le truc de Lorenzo accentue le bien être. Cela est, qu’on l’aime ou qu’on le déteste. En outre ce système est là depuis 6 siècles et nous ne connaissons pas une seule solution permettant de le remplacer. Nous devons le subir et essayer d’éviter les abus. Il est certain que nous sommes faibles et démunis.
    Souvenons-nous toutefois, de temps en temps, que nous sommes mieux qu’à l’époque romaine, mieux qu’au Moyen-Age, mieux qu’il y a à cent ans et mieux qu’il y a cinquante ans. Ce n’est pas vrai pour tout les peuples de la terre, je le concède et ce n’est pas une raison pour ne pas chercher ardemment à améliorer ce qui peut l’être.



    Bien à vous.

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  • Vive les Banques et les Banquiers

    par Ploutopia (IP:xxx.x11.161.15) - 25 avril 2010 11:11

    C’est triste mais on ne peut changer la nature de cet être appelé homme
    Dire cela c’est baisser les bras, c’est accepter que le sort en est jeté (alea jacta est) et que nous n’y pouvons rien. Climat, crise alimentaire ou érosion de la biodiversité… peut importe, l’homme est ainsi et nous allons tous mourir. C’est une vision beaucoup trop pessimiste et trop simple.
    Oui l’homme est un loup pour l’homme mais c’est quand il est au bord du gouffre qu’il est capable de changement. Oui le constat est irrémédiablement pessimiste mais comme le disait Antonio Gramsci, un leader marxiste, il faut allier au pessimisme de l’intelligence l’optimisme de la volonté.
    L’homme est perfectible. L’homme est désir et avidité mais il est aussi passion, amour et transcendance…
    « Ils pourront couper toutes les fleurs. Jamais ils ne seront maîtres du printemps » Pablo Neruda



    le marché existe depuis des siècles et provient de la nature humaine
    Le capitalisme n’est pas l’économie de marché. C’est ce que la pensée néolibérale essaye de nous faire croire. Une économie de marché peut parfaitement fonctionner sans capitalisme. Je vous renvoie pour cela à Christian ARNSPERGER et à son billet http://transitioneconomique.blogspo...



    Ce système est là depuis 6 siècles
    Ce système existe depuis plus de 2 millénaires. Lire Junon MONETA, Le néolibéralisme, un très vieux système, pourquoi faut-il le combattre ?
    http://ploutopia.over-blog.com/arti...



    Ce n’est pas vrai pour tout les peuples de la terre, je le concède et ce n’est pas une raison pour ne pas chercher ardemment à améliorer ce qui peut l’être
    Voilà la seule et unique raison qui vaille la peine d’être soulevée, intégrée et vécue dans toute sa profondeur.

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  • Vive les Banques et les Banquiers

    par Pierre (IP:xxx.x77.116.217) - 25 avril 2010 15:30

    Merci Ploutonia,



    Ici nous avons un avis différent, et pourquoi pas. La nature ne peut pas être changée. Elle est telle et nous sommes impuissants. C’est une prétention humaine stupide que d’espérer la modifier. On peut construire un toit pour se protéger de la pluie. mais nous ne la supprimons pas. On peut éduquer les jeunes hommes mais cela ne signifie pas supprimer leurs instincts.



    Vous me pensez pessimiste et j’espère que vous avez raison.



    Bien à vous.

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