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Je croyais savoir. Et pourtant, un voyage anodin, ...
Quelques jours devant moi, un coup de téléphone sympa de mon beau-père, un hongrois merveilleux. Et me voici avec ma femme et mon "adorable marmaille" à Egem, près de Tielt, à une grosse demi-heure de la digue de Middelkerke. Classique, même banal direz vous, et pourtant ... j'allais sans le savoir, découvrir et appréhender un territoire inconnu, un territoire de mémoire. Celui d'une Flandre incognita ... 16h30, un peu paumé en voiture suite à une volée de "wegomlegging", me voici face à ce temple d'arrogance, à cette tour pire que Babel pour nous wallons ... La Tour de l'Yser ! Et très vite me viennent à l'esprit les drapeaux jaunes et noirs, les discours agressifs, toute cette réalité bien réelle et qui me blesse, moi le démocrate, au coeur de mes convictions. Bardaf ... il drache. Waar kunnen we inkomen om "nin tot li flote so'l tiesse" te ramasseren ? seule een oplossing ... The Tower. Tiens, des francophones qui essayent de parler néerlandais pour prendre les tickets, et qui continuent moielijk in vlaams malgré qu'on leur réponde dans un français impeccable. Vous n'allez pas le croire, il y a même eu une "joke" et un rire partagé. 22 étages plus haut, malgré la brume, une vue incroyable. Et puis une descente, étage par étage, époque après époque. Et une découverte ressentie. Oui, j'ai lu tant et tant sur l'Histoire de Belgique, les causes et conséquences des conflits linguistiques. Mais c'était la première fois que j'avais l'impression que ces gens, éternels inconnus du "plat pays" me parlaient vraiment de la difficulté de vivre en paysan flamand, souvent modeste, dans un Etat où l'arrogance de l'argent et la froideur du pouvoir s'énoncaient en français. Imaginez un instant Jean Valjean, condamné au bagne pour un vol ridicule qui n'était qu'un geste de survie, et en plus dans une langue incompréhensible pour lui. C'était ça la Justice dans le Nord. J'aurais voulu lire la verve de Victor Hugo face à une telle ineptie. Je regardais sur ces photos, ces hommes "en train de crever" dans la boue des tranchées, dans l'absurdité de la guerre. Nombres d'entre eux ne comprennaient pas un mot de ceux qui les commandaient. Mon arrière grand-père, Kamil, celui de Maldegem", était parmi eux. J'apercevais la source silencieuse de la cause flamande. Le lendemain, halte bucolique au Casteel de Wijnedeal près de Torhout. Un peu kitch. Nombres de châteaux condruziens ont bien plus de gueule de cet erzats. Mais haut lieu d'histoire, le parcours est instructif et remarquable pour qui aime celà. Au détour d'une salle, une photo me capte ... 1900, marché au chevaux de Torhout. Des paysans, de magnifiques chevaux, plus de 2000, des gens, le vie ... et un pignon de maison peint en publicité, au coeur du marché ... "Objets de la maison, ameublement de qualité, tatatta, ... Au Bon Marché, Rue Neuve à Bruxelles" Quel gouffre ! Quel fossé ! En plein milieu d'une scène de vie belle et banale, une tâche, une anachronisme insultant. Je vis à Huy, à Liège ... Imaginez une seconde qu'une chaîne de magasins flamande vienne apposer des affiches en flamand sur la Percée à Huy, place Saint Lambert à Liège. Ca va gueuler. Et à Torhout, en 1900, vous croyez que ça ne faisait pas mal ? Cela explique-t-il BHV, la circulaire Peeters, les bourgmestres non nommés, ... Non, tant d'eaux sont passées sous tant de ponts, mais il reste toujours une mémoire silencieuse. Voici un exemple. Charité bien ordonnée commence par soi même. Né à Maldegem en 1914, son père sur le front durant 4 ans, ces grands-parents maternels massacrés à Leuven, mon grand-père, un de mes héros a fait face directe, en pleine ligne de feu durant 18 jours, à la déferlante nazi. Ensuite, la captivité puante en Allemagne. De ces évènements, il en gardais"la haine du Bosch". J'ai grandi avec l'écho de cette haine. Moi je ne les ai jamais haïs, j'ai appris, j'ai compris, on a construit l'Europe, ... et pourtant, en je ne peux renier l'écho silencieux qui navigue en moi à la vue de la croix de la Bundeswehr sur les blindés allemands en Afghanistan, à la vue des troupes allemandes défilant au 14 juillet à Paris. Et pourtant, nous devons avancer ensemble, avec eux. Mais rien depuis 65 ans n'est venu alimenter la mémoire de la haine et la rancoeur. Par contre chez nous ... De Happart à Dewever, de Maingain à Vandenbrand, d'une question royale à une frontière linguistique. C'est pas de 'huile sur le feu, c'est du napalm. A propos de mon grand-père ... sa passion, c'était le théâtre. Flamand de naissance, tellement fier de l'être, il devint à l'Académie des Beaux Arts, ouvrier qu'il était, premier prix d'Art dramatique en français, et premier prix d'Art dramatique en ... wallon. Pas mal mon Vieux. La Flandre, un peu moins incognita pour moi. Ca forme les voyages ... Les derniers commentairesLaisser un commentaire |
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