J’ai du mal à rentrer.
À force d’être trop forte et imperturbable.
De tout endurer sans broncher.
Alors que j’ai envie de hurler.
Oui j’ai commencé l’année 2009 sur deux blessures réouvertes.
Alors autant en parler, les digérer maintenant pour ne pas me laisser submerger ensuite.
La première concerne ma mère.
Qui a préféré s’insurger contre les pauvres enfants de Gaza pendant toute la semaine où je suis venue la voir, au lieu de s’occuper de sa propre fille qu’elle n’avait pas vue depuis plus de trois ans.
Qui s’est excusée tout de même (mais au téléphone et une fois que j’étais rentrée à Paris) de ne pas s’être intéressée à moi, parce que tu comprends à Gaza, c’est plus important et c’est horrible ce qui arrive…
Que ma vie compte moins que celle d’un petit palestinien qui meurt, oui je pourrais être capable de l’admettre, d’un inconnu peut-être. En revanche c’est plus difficile quand ça vient de sa propre mère.
Heureusement à 33 ans on a les moyens de comprendre la facilité de s’investir et de s’enflammer dans une guerre par procuration plutôt que d’écouter un de ses enfants raconter une vie qui a été triste et difficile ces dernières années, et qu’on ne comprends pas voire qu’on n’admet pas.
C’est donc fragile que je suis rentrée de chez mes parents.
Alors que j’étais supposée me reposer un peu.
Et revenir pleine d’énergie.
Et c’est évidemment ce moment-là qu’a choisi Serge pour réaliser qu’il avait trompé sa femme. Et pour enfoncer le clou que ma mère avait déjà posé…
(cet abandon)
Et il faut vraiment faire preuve de beaucoup d’indulgence pour éviter de penser ensuite que tous les mecs ne sont désespérément que des gros connards. Qu’ils peuvent se payer leur petite infidélité tranquille sans avoir à subir aucune conséquence… Ou pire, qu'ils fassent des promesses qu’ils ne tiendront et ne réaliseront jamais.
(et de mon côté) penser naïvement qu'un homme de 35 ans sait forcément ce qu'il veut et ce qu’il dit (et ce besoin de faire confiance quand je tombe amoureuse quitte à me tromper)
Pour avoir ce qu’on désire vraiment il faut se battre (et se battre ce n’est pas jouer au prince charmant avec une épée, c’est simplement faire des choix) (parce que bien sûr, on ne peut pas tout avoir)
Alors oui j’ai envie de hurler.
Parce que j’ai l’impression d’avoir reçu trop de claques d’un coup sans, en plus, pouvoir les rendre.
Et pourtant…
(les contradictions que je ne m’explique pas)
Mes angoisses de maternité se sont envolées. Et pour la première fois de ma vie, je sais que j’ai envie d’avoir un enfant… Un jour.
Mon cœur est en berne, c’est sûr.
Mais si Serge a baissé les bras aussi vite et avec autant de facilité c’est qu’il n’était pas aussi amoureux qu’il le disait.
Et que je n’ai donc aucun regret à avoir…
Je pleure quand même pour la forme, et parce que je n’ai pas d’endroit où je peux hurler. Pas pour hurler uniquement de douleur, mais pour hurler surtout parce que je me sens enfin libérée…