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Srebrenica 1995 : La Revanche Tardive Hollandaise

vendredi 1er février 2008, par Toto Le Psycho

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Par des voies qui me sont inconnues, l’actuel gouvernement néerlandais a choisi (enfin, après bientôt 13 ans !) de prendre une revanche suite à ce qui est arrivé aux soldats néerlandais à Srebrenica en juillet 1995. Il faut le dire, et le répéter, d’abord : Son acte de refus n’est pas dirigé contre l’État des Serbes.

Non : Il défie les “grands” et les “moyens” pouvoirs qui étaient présents sur le champ de bataille des années ‘90 en Bosnie.



Étonnante et historique : Les Pays-Bas, soutenus par la Belgique, ont bloqué un geste européen de bonne volonté à l’égard de la Serbie.
Jean-Pierre Stroobants, dans Le Monde daté du 30.1.08 (voir ci-contre), en explique les motifs.
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Le drame de Srebrenica continue de peser sur la politique néerlandaise vis-à-vis de la Serbie
LE MONDE | 30.01.08

© Le Monde.fr

Pourtant, ce qui est un peu tragique c’est que c’est la moitié modernisatrice de la Serbie de l’année 2008 qui en subit les conséquences.
Car il n’est pas exclu, que l’absence d’un geste fort et positif de l’Union Européenne à l’adresse de la République serbe, aidera à provoquer une victoire du candidat ultra-nationaliste Nikolic aux élections présidentielles de dimanche prochain.

Si vous voulez avoir mon opinion, et bien, pour une fois je suis tout à fait d’accord avec le ministre des Affaires Étrangères de mon pays d’origine. Un Monsieur que je déteste d’ailleurs.

M. Maxime Verhagen est la personnalisation du virage à droite de la Démocratie Chrétienne néerlandaise depuis l’an 2002. Allié proche et catholique du premier ministre calviniste Balkenende, il dirigeait les députés de son parti dans le parlement de La Haye jusqu’à la formation du gouvernement actuel, qui gouverne depuis le printemps de l’an 2007.
L’ironie de l’Histoire a voulu qu’il occupe son poste dans un gouvernement avec les travaillistes du PvdA, qu’il a cherché à exclure du pouvoir jusqu’au bout.
Mais par des voies qui me sont inconnues, l’actuel gouvernement a choisi (enfin, après bientôt 13 ans !) à se revancher de ce qui est arrivé aux soldats néerlandais à Srebrenica en juillet 1995.
Il faut le dire, et le répéter, d’abord : Son acte de refus n’est pas dirigé contre l’État des Serbes.

Non : Il défie les “grands” et les “moyens” pouvoirs qui étaient présents au champ de bataille des années ‘90 en Bosnie. En 1995, les forces hollandaises, qui devaient défendre la sécurité d’une enclave, Srebrenica, dans l’Est de Bosnie, ont été trahies par les compromis fumeux et cyniques, conclus à Dayton entre les Etats-Unis et Milosevic. Les forces de la Bosnie serbe, dirigées militairement par Ratko Mladic, avaient obtenu le “feu vert” pour arrondir les territoires qu’ils dominaient, avant de conclure définitivement un traité de paix qui leur garantissait une influence suffisante dans le nouvel État unitaire à créer en Bosnie. Ajouter les “” autour d’unitaire.

Les Anglais, qui fournissaient à l’époque le dirigeant militaire des forces de l’ONU en Bosnie, en étaient au courant. Les Français, dont plusieurs militaires étaient pris en otage par les Serbes, ne l’étaient pas. Ni les Hollandais. Quand les forces de Mladic ont commencé à encercler et à harceler les militaires hollandais à Srebrenica, les Américains ont refusé à communiquer leurs observations par satellite aux Hollandais. À l’époque, ils en avaient le monopole. Puis, quand les forces de Mladic ont pris en otage un nombre de soldats hollandais qui occupaient des postes d’observation autour de la ville, ils ont refusé d’intervenir avec leurs avions. Seulement deux F16 de l’armée de l’air hollandaise ont pu intervenir, et, selon certaines sources, éliminer un ou deux tanks serbes.


Les forces hollandaises de l’ONU étaient considérées comme “chair à canon”, pions à sacrifier, par les Américains. Le gouvernement néerlandais n’avait pas été mis au courant des arrangements conclus à Dayton. Et, ce qui est non moins criminel, il n’avait pas essayer de savoir quelle serait la position de ses troupes en fonction de ces compromis-là. Tout cela est contenu dans un rapport qui a été établi par les services gouvernementaux de La Haye - après coup. Le rapport complet qui est venu compléter toutes ces observations-ci en 2002, établi par les historiens de l’Institut de l’étude de la Guerre d’Amsterdam, a, en effet, provoqué la chute du gouvernement néerlandais de Wim Kok.

Vraisemblablement, le nouveau président de la France, Jacques Chirac, qui venait d’entrer en fonction en juillet 1995 n’était pas au courant non plus, des arrangements Milosevic/Karadzic avec les Anglosaxons. Il se demandait publiquement, comment c’était possible, qu’un contingent de soldats de l’OTAN, présents à Srebrenica n’avait pas pu éviter le massacre. Puis, il s’est tu.

Probablement, si je peux croire Florence Hartmann dans “Paix et Châtiment” (2007), parce que l’abandon des 7000 musulmans massacrés et l’humiliation des forces hollandaises, a permis la libération des deux ou trois pilotes français, pris en otage par les Serbes de Bosnie.

La vérité sur les compromis cyniques de Dayton n’a toujours pas été révélée. En 1999, Milosevic a été traduit à la Cour Pénale sur la Yougoslavie à La Haye. Il est mort, avant d’avoir eu l’opportunité de révéler ses arrangements avec les Américains. Florence Hartmann suggère que la protection passive, que les “grandes forces” continuent à fournir à Karadzic et à Mladic, sert à couvrir leur co-responsabilité dans les événements de l’été 1995 en Bosnie.

Apparemment, les Hollandais en ont assez. Ils exigent la traduction, au moins de Mladic, qui se promène ouvertement et publiquement à Belgrade, à la Cour Pénale de La Haye. Une fois devant ses juges, il ne pourra se soustraire à la révélation des compromis conclus avec les Anglosaxons, début 1995. Il est à l’honneur de la Belgique, dont le ministre des affaires étrangères, Karel de Gucht, soutient la position hollandaise, que ce pays n’a pas succombé à la tentation de se venger de l’arrogance hollandaise.

Il est tard, mais non pas trop tard, que la vérité soit établie, et que le scandale du comportement hollandais à Srebrenica soit placé dans son contexte, et, j’espère, qu’on en tire enfin les conclusions nécessaires quant à la participation néerlandaise, actuelle (Afghanistan) et future, aux aventures militaires américaines.



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Les derniers commentaires

  • > Srebrenica 1995 : La Revanche Tardive Hollandaise

    par Jimmy Tulpenstein (IP:xxx.x98.28.68) - 2 février 2008 22:50

    Bonjour Toto de Bruxelles !
    Votre article sur Srebrenica me fait surtout penser qu’il y a eu un verre de trop entre Karremans et Mladic, que 60 avions de combat ont volé toute une matinée pour rien du tout, et qu’il y a eu un duel entre le quotidien NRC Handelsblad et le Quai d’Orsay à Paris !
    Le drame de Srebrenica, parlons-en !
    Les soldats néerlandais de l’OTAN dans l’ex-Yougoslavie ont pris le relais après le départ des canadiens en février 1994 pour assurer la défense de l’enclave musulmane de Srebrenica. Cela va mal tourner car ils sont pris dans une situation périlleuse, et les 400 hommes du Dutchbat (le bataillon néerlandais) ne parviennent bientôt plus à contenir l’offensive serbe sur l’enclave le 11 juillet 1995, qui a causé le massacre de milliers de musulmans. Suite à cela, de vives polémiques se sont emparées dans un premier temps des casques bleus néerlandais. Les autorités françaises notamment, par l’intermédiaire du ministre des affaires étrangères Hervé de Charrette, dénoncent de vive voix la « passivité » du Dutchbat face aux déportations de la population locale par les hommes du général serbe Mladic. Aux Pays-Bas les remous ne manquent pas, et des soupçons sont portés sur les casques bleus qui auraient été gagnés par des sympathies pro-serbes, certains soldats ayant déclarés au quotidien NRC Handelsblad avoir vu les exactions et les cadavres. Que le commandant du Dutchbat, Ton Karremans, a tressé des lauriers à Mladic lors d’une entrevue à Potocari autour d’un verre est loin d’avoir apaisé l’opinion publique. Après un vent de traumatisme national aux Pays-Bas, une enquête parlementaire a été mise sur pied en septembre 1995. Elle a permis de minimiser la proportion des accusations rapportée à la lumière des faits. Cet épisode retraçant ce que beaucoup ont qualifié de « non-intervention » peut cependant être mis en parallèle avec la tradition de neutralité que les néerlandais ont adopté pendant plusieurs siècles sur la scène internationale. Un phénomène de latence étant perceptible dans l’histoire de tous les peuples, il n’y aurait pas eu, si l’on suit cette logique, d’exception à la règle à Srebrenica. Un symptôme ? Karremans a déclaré à Mladic, même si il le regrettera de retour aux Pays-Bas, « A Srebrenica il n’y a pas de bons et pas de méchants » (propos repris par le quotidien français Libération et par le NRC Handelsblad). Quoi qu’il en soit, les principaux titres de la presse française et néerlandaise ont par la suite, et dans un climat serein, établi que les 400 casques bleus néerlandais de l’OTAN ont fait ce qui était en leur pouvoir pour protéger la population locale et contrer l’avance de l’armée serbe de Bosnie. François Schlosser, un journaliste du Nouvel Observateur, s’est penché avec beaucoup d’intérêt sur cette affaire, imprimant que « la faible unité hollandaise, qui s’est trouvée à certains moments soumise au feu à la fois des troupes gouvernementales et des troupes serbes, a fait le maximum de ce qui était militairement possible ».
    A charge de revanche, dans un deuxième temps, les néerlandais mettent les autorités françaises en cause pour ne pas être intervenus pour empêcher la chute de l’enclave. Durant les jours qui ont précédé l’attaque serbe, le Dutchbat a en effet lancé des appels désespérés en direction de l’état major des casques bleus commandés par le général français Bernard Janvier pour solliciter une aide aérienne qui aurait été capable de contrer les serbes et empêcher l’exécution de milliers de musulmans. Pour les journaux Le Monde, Libération, Le Nouvel Observateur, le New York Times, The Independent et l’intégralité de la presse néerlandaise, le général Janvier a constamment refusé de tenir compte de ces appels de détresse lancés par les forces néerlandaises de l’enclave. La nuit qui a précédé la chute de Srebrenica, un ultimatum a même été présenté aux serbes : une « armada » d’avions de l’OTAN devait être en chemin pour déclencher une attaque massive. Le 11 juillet à 1h05 du matin, Sarajevo informe la base de Tuzla du renfort de 60 avions F16, et à 3h00 une confirmation est codée. A 6h50, heure à laquelle la couverture aérienne devait faire son apparition dans le ciel de Srebrenica, les soldats du Dutchbat scrutent les nuages : rien à l’horizon. L’armada promise des appareils de combat (les soixante F16) décolla bel et bien à 6h00 du matin de la base aérienne de Villafranca en Italie, mais les avions ont tourné en rond durant 5h30 au dessus de l’Adriatique attendant un ordre qui ne vint jamais. Le plan d’attaque a été retardé, noyé puis délaissé. Pourquoi ? « La réponse à cette question peut donner tellement de frissons que je préfère ne pas y penser » confie un officier des Nations unies au NRC Handelsblad. Toujours pour le NRC « tout porte à croire que les néerlandais et la population locale de Srebrenica ont été sacrifiés pour qu’il y ait une paix en Bosnie sans s’embarrasser des enclaves ». Le journaliste Frank Westerman se demande si Bernard Janvier aurait « par le sabotage du plan d’attaque aérienne » voulu se défaire de l’embarrassante enclave.
    La rumeur se propage dans les pays membres de l’OTAN et tourne vite à la franche accusation, la France devenant la cible de violentes critiques bosniaques et américaines. Si Joris Voorhoeve, le ministre néerlandais de la défense, s’en prend à Janvier qui n’a pas jugé utile de bombarder les troupes serbes, les diplomates des Nations unies affirment qu’en mai 1995, au Conseil de sécurité de New-York, Janvier a discrètement demandé, portes fermées, qu’on lui retire la responsabilité de la défense des enclaves, et à Karremans, qui lui lança les appels désespérés du 6 au 11 juillet, il aurait répondu « ne comprenez vous donc pas qu’il faut que je me débarrasse de ces enclaves ? ». L’affaire monte vite en haut niveau puisque selon Le Monde du 21 janvier 1996 les Nations unies affirment que Janvier aurait reçu l’aval de Paris, résolu à abandonner une enclave condamnée. Le 29 mai 1996, le NRC, suite à une enquête menée avec la chaine de télévision Ikon-Kenmerk et le quotidien britannique The Independent, met directement en accusation le Président Chirac, et les arguments sont repris par Courrier International. Le président français aurait, selon les résultats de cette enquête, retardé les frappes aériennes pour favoriser la prise de l’enclave par les serbes en échange de la libération des casques bleus français pris en otage par Belgrade, le président serbe Slobodan Milosevic ayant par ailleurs selon plusieurs sources affirmé « avoir la garantie qu’il n’y aura plus d’attaques aériennes sans l’accord de Chirac ». Le Quai d’Orsay ne tarde alors pas à apporter un démenti aux accusations du NRC : « Jacques Chirac a clairement exclu toute idée de marchandage. L’accusation selon laquelle le général Janvier aurait retardé l’emploi des forces aériennes pour défendre l’enclave de Srebrenica à l’instigation du président Chirac est totalement infondée ».

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